Que deviennent les réfugiés de Port-au-Prince ?

Une tente recousue dans le camp du Champ de Mars à Port-au-Prince, janvier 2012

Lors du tremblement de terre du 12 janvier 2010, la maison que louait le pasteur Lacroix à Port-au-Prince s’est effondrée comme un château de cartes. Sa femme a tout juste eu le temps d’en sortir.

Depuis deux ans, avec 63.000 autres personnes, le pasteur Lacroix et sa famille sont hébergés dans le camp Delmas 40b. Comme beaucoup de camps de Port-au-Prince, c’est un lieu insalubre et dangereux. Depuis deux ans, il craint pour sa sécurité et celle de sa famille : « Il y a toutes sortes de personnes ici », explique-t-il sobrement.

Des bibles

Pendant des mois, parfois avec des équipes de la Société biblique, il a distribué des bibles ou des exemplaires du Nouveau Testament aux habitants du camp qui sont en recherche spirituelle. Parallèlement, il poursuit son ministère à la tête d’une Eglise du quartier de Delmas. Mais ses conditions de vie l’épuisent – comment dormir quand on est à la merci de n’importe qui, quand on entend tout ce qui se passe chez les voisins, quand la pluie et le vent peuvent arracher la bâche qui sert de tente, posée sur des piquets en bois ?

Un regard triste

Le pasteur Lacroix lors de notre entretien en janvier 2012

Le pasteur Lacroix est un homme brisé. Il sourit vaillamment et sa poignée de main est toujours aussi chaleureuse. Il demande des nouvelles, discute un instant de choses et autres. Mais son regard est triste.

Quand on lui demande comment il va, il répond poliment. Mais il est fatigué d’espérer qu’on l’écoute. Il raconte les journées passées à attendre dans des organisations humanitaires, où on lui assure qu’il recevra un soutien, un sac de riz – quelque chose ! Il raconte les nombreuses interviews accordées, évoque tous ces gens qui lui ont dit qu’ils allaient l’aider. Et qui n’ont jamais rien fait pour lui.

Le pasteur Lacroix et ses enfants dans leur tente dans le camp Delmas 40b, en novembre 2010.

Désespéré

En désespoir de cause, il a décidé de quitter Port-au-Prince pour s’installer sur un terrain qui lui appartient dans la périphérie de la capitale, une zone en plein développement sur la route de Saint-Marc : Jérusalem. Comme à Canaan, un autre quartier proche, de nombreux réfugiés du tremblement de terre s’y installent depuis un peu plus d’un an, dans des cabanes en bois et en bâches à peine plus solides que les tentes des camps de réfugiés, sans aucune installation sanitaire : on recrée un bidonville en dehors de Port-au-Prince.

De plus, une fois à Jérusalem, le pasteur Lacroix sera trop loin de Delmas pour poursuivre son ministère au sein de son Eglise, qui leur permet de survivre, à lui et à sa famille. Mais il considère qu’il n’a pas le choix.

Ce petit garçon est né dans le camp de réfugiés du Champ de Mars à Port-au-Prince. Janvier 2012.

Abandonnés ?

L’histoire du pasteur Lacroix est emblématique de ces centaines de milliers de réfugiés (il reste plus de 500 000 personnes dans les camps de Port-au-Prince) qui ont tout perdu et qui se sentent souvent abandonnés, deux ans après le tremblement de terre.

« Ma vie est entre les mains de Dieu, nous dit le pasteur Lacroix en nous quittant. Lui seul peut faire quelque chose pour ma famille et pour moi. »

 

Vue d'un quartier de Port-au-Prince en janvier 2012.